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L’enfer, c’est maintenant !

vendredi 15 mai 2015, par Scapin.

Il y a eu l’enfer selon Virgile et selon Dante. Il faut désormais compter avec la vision de Chuck Palahaniuck sur le lieu de la damnation éternelle.

Cet enfer, c’est un condensé de tableaux de Jérôme Bosch, dans les décors de Brazil, dans le lequel on aurait versé un curieux mélange de Virgin suicide, L’Exorciste, Weeds... Le tout sans amphèt’ ! Palahaniuck réussit une fois de plus le tour de force de surprendre par son inventivité, sa virtuosité à rendre l’improbable (voire le purement chimérique dans le cas de l’enfer) particulièrement réel, crédible, quasi palpable. Son écriture accroche, agrippe comme des serres de démon et nous met littéralement ko par des scènes d’anthologie, comme l’inoubliable confrontation de l’héroïne, Madison, et ses « compagnons » de damnation et du démon Psezpolnica...

Mais Palahaniuk ne se contente de brosser un tableau saisissant et fascinant. D’abord, il poursuit son étude de l’addiction et de la dépendance. Cette fois, c’est l’addiction à l’espoir sur laquelle il se penche. Son héroïne, Madison, le reconnaît dès le début du roman : « je suis accro à l’espoir ». Or l’enfer devrait justement être l’endroit par excellence où tout le monde perd espoir. L’indécrottable espoir de Madison confronté à l’absence d’espoir consubstantielle du lieu où elle se trouve donne lieu à des rebondissements et des réflexions typiques de Palahaniuk.

Ensuite, l’auteur alterne tout au long du roman entre épisodes en enfer et souvenirs ante-mortem de l’héroïne, jusqu’à l’explication de la manière dont elle est morte et se retrouve enfermée pour l’éternité. Grâce à ce procédé, on comprend vite que « l’enfer, ce n’est pas si terrible ». C’est même très proche du monde « réel » dans lequel nous vivons. Il suffit juste d’insister sur quelques traits, de les grossir, et le monde dans lequel nous vivons se révèle un enfer quotidien et constant.

Le propos peut paraître mystique de prime abord. Mais il ne faut surtout pas s’arrêter à un réticence-réflexe. Le propos de Chuck Palahaniuk, au contraire, se révèle au fil des pages terriblement pragmatique et actuel.

A lire donc absolument... comme toute l’oeuvre de cet écrivain génial.

Damnés , Chuck Palahaniuk. Editions Sonatine, 2014.

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